• 15Jun

    Du fin fond de ta mémoire, aussi loin que tu puisses te souvenir
    Des temps reculés, quand tu n’avais encore pas pieds dans ta réalité
    Te rappelles-tu du Loup ?
    Le grand Méchant.
    Celui qui dévorait les enfants.
    Celui qui faisait pleurer les grands.

    Tapi sous ton lit pendant les orages, il guettait les coupures de courant pour venir faire briller son reflet d’acier au coin d’un miroir.
    Il sortait la tête parfois, à tes pieds, pour te regarder dormir.
    Il te surveillait.
    Toi, tes rêves et tes peurs.
    Il mélangeait tout ça pour pouvoir se nourrir de tes larmes.

    Fallait être fort, fallait être courageux.
    Papa n’était pas là. Maman était encore maman, endormie.
    Fallait être eux, à toi tout seul.

    Je l’entends toujours, le rire du grand Méchant.
    Il a tellement lavé mes yeux que seuls les films me font pleurer.
    Tristesse d’une couleur disparue.
    Le puzzle incomplet.
    Il manque.
    Il manque…
    Il manque quoi…

    Qu’as tu volé, grand Méchant ?
    Tu as tellement pris que tu aurais pu construire un autre moi aux pieds de mon lit.
    Peut-être devrais-je aller regarder.
    Peut-être vais-je m’y retrouver.
    Peut-être vais-je me compléter.

    Nous étions étendus sur l’herbe.
    Des fourmis rouges me piquaient les cuisses.
    Je n’avais pas envie de rester.
    Et je ne me souviens plus.

  • 15Jun

    Il était au bord de la route. Immobile.
    Il écoutait le bruit de la campagne alentour.
    Dressé sur ses pattes, la circulation ne paraissait pas le déranger.
    Il restait là, emprunt de fierté, à quelques centimètres des roues des véhicules qui passaient sur la nationale.
    C’était un lapin comme on en rencontre rarement.
    Un de ces lapins qui ne change pas brusquement de direction devant ma voiture.
    L’un de ceux qui savent que c’est leur vie tout entière qui se joue sur un coup de tête et de frein.
    Un lapin adulte, intelligent et mature, habitué à son environnement de prairies et de grandes barrières de bitume où tant de ses congénères ont laissé leur petite queue touffue blanche se maculer de leur sang tragique.
    Un lapin stoïque.

    Et je vous vois venir.
    Hin hin.
    Non.
    J’ai pas fait de tâches sur la route.
    J’avais juste envie de lui faire honneur ce soir, quoi.
    Je vois pas où est le problème.
    C’est triste comme histoire, hein.
    Si ça se trouve, deux minutes après mon passage, il a eu très envie de la lapine de l’autre côté de la nationale et pouf.
    Mais bon, c’est pas moi hein.
    Ahlala. Quand même. Ce que ça peut être tragique les histoires de lapin.
    J’en ai une larme à l’oeil.
    Au fait. Quelqu’un veut du ragoût ?