Intemporel

C’est le temps qui te poursuit et me dépasse.
Ce sont les mots qui nous ont toujours manqué.
Il y a de ces choses qu’on n’évoque pas, on les ressent.
On apprend à ne pas les dire.
De peur de les appeler.
C’est le temps qui gagne et qui me fait fuire.
Parce que je n’ai jamais été assez forte pour te regarder vieillir.

Je les sais, je les devine, les regrets.
Un matin, ils seront là, à m’interroger dans le miroir.
Je n’aurai que le masque de mes décisions à leur offrir.
Les questions creuseront le silence
à la recherche de réponses, éternellement enterrées.
Je les sais, je les connais, les questions.

Parfois, le deuil en voile,
on se raye, on se barre, on s’efface.
Mots oubliés. Regard masqué.
Jamais je ne supporterai que tu me voies pleurer.

Une poule sur un mur, qui incendiait les voitures…

Quand parfois les mots tournent en rond, remuent, se mordent la queue et me foutent une grande beigne au passage, mieux vaut tenter de revenir à la source. Aux grands principes. De ceux qui ne devraient pas supporter de compromis. Faut bien partir de quelque part, sinon on risque d’arriver sur un non lieu.

Ma liberté s’arrête où commence celle de l’autre.
Mais sache que j’en attends tout autant de la tienne.

L’égoïsme devrait être la chose la mieux partagée de cette planète.

Bon, voilà. ça, c’est dit.

Le problème, c’est que nous appartenons à un système. Un système. Qui fonctionne. Qui dysfonctionne. Qui nous nourrit. Qui nous bouffe.
Oeufs de poules élevées en plein air.
J’attends de pâte ferme les oeufs de poules élevées sous vide.

Mais je digresse, je digresse. Revenons à notre système.
Nous vivons tous dans une bulle. Si nous avions le droit d’être aussi égoïstes les uns que les autres, ça ferait plein de jolies bulles libres et légères. Mais les bulles ont des masses. Des dimensions. Des poids et des mesures.

Nous ne sommes pas dans des bulles équivalentes. Des flux nous relient à d’autres bulles. Des interactions influencent nos mouvements, nos expansions, nos reculs.

Dans ce déséquilibre permanent, une chose est sûre, c’est que nous cherchons tous à protéger une bulle ; une à laquelle on se sent appartenir, à un moment donné, plus qu’à une autre.

Où je veux en venir ? J’en sais plus trop rien à vrai dire. Je me souviens d’une histoire de poules. Je courrais dans un champ et on m’a mise dans un grand bâtiment d’élevage hors sol. Je ne voyais plus mes pieds. Je rêvais réalité. La réalité m’a alitée.

Ha oui. La mémoire me revient.
Humanité.
Capable de tuer pour protéger les siens.
Capable aussi de pardonner pour protéger les siens.

Elevage intensif d’humains.
Des humains.
De ceux qui aiment. Et qui devraient peut-être y revenir un jour, pour ne pas oublier ce qu’il ya sous les grands n’importe quoi.
Aimer sa bulle.
Ne pas faire de notre meilleur, par peur de faire de notre pire.
Eviter notre mieux, aussi. Parce que vous savez ce qu’on en dit.

Bon. J’arrive vraiment nulle part.
Avec cette histoire de poules et de bulle et de flux d’énergie.
(… une minute de silence. Je sors et je reviens)

Nulle part. Sauf au verbe « aimer ».

Gnagnagna « aimer est la solution à tout ».
Bordel. J’en ai marre de ces idées de sale utopiste.
J’me déteste.
J’vais aller cramer ma bagnole, tiens.

Edit : Approfondissement du sujet et des idées, dans un registre complètement différent, avec un style qui ressemble à quelque chose, du vocabulaire, des vraies phrases avec des sujets des verbes et plein de compléments ; une furieuse envie de lui dire merci pour la beauté des idées et l’amour du vivant qu’il nous transmets sur son blog.

Hum

Finalement, l’amitié entre un homme et une femme peut exister.
Faut juste qu’ils couchent d’abord ensemble.

Alors déstresse mémère, hein.
Parce que c’est déjà fait.

(Mes petits excès de vulgarité comme de colère me procurent des sensations extraordinaires, tout à fait grisantes. Je vous en recommande chaudement tout autant pour vous. Hum. Il est l’heure du thé je crois…)

tout va bien… je vais bien…

Y’avait un truc à peu près fixé dans mon projet professionnel : La volonté de travailler dans le secteur associatif, comme je l’ai toujours fait. Un milieu qui m’a toujours convenu, de par des engagements forts, une certaine combativité, des valeurs morales qui me convenaient en général à peu près.

Et voilà.
Pouf.
Ils ont réussi en un temps record ce matin à me vacciner même de ça.
Les politicaillons pyramidalisés. Les querelles de clochers.
Ce n’est plus une association. C’est une entreprise tout ce qu’il ya de plus commercial et libéraliste, avec un joli papier peint d’idéaux sur les murs pour cacher la merde.

Il n’y a vraiment plus rien qui me retienne dans ce travail.
Mais il n’y a rien non plus qui me donne envie d’aller ailleurs.

Je suis entrée sur le marché du travail il y a à peine quatre ans.
J’ai déjà (toujours ?) envie de me barrer pour aller élever des moutons dans le Connemara.

Bonne journée tout le monde.

Bordel organisé. Ou pas.

Procrastination pathologique.
A force de remettre à demain,
A demain, toujours demain, encore demain,
Y’a un jour qui arrive parfois, un jour tout bizarre.
Un jour qui s’appelle « la veille de demain ».
Et ce jour tout bizarre, c’est aujourd’hui.
Ou alors c’est peut-être demain.

Tout ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, j’ai entendu comme des sons de cloche.
Il est l’heure de passer à autre chose maintenant !
Ding dong !

Etait-ce « ding dong » d’ailleurs ?
Ou alors « pam pam » ?
Ha non, ça c’était mon coeur.

Passer ailleurs.
Certes, avec mon affligeante Lenteur.
Chaque instant a un goût différent.
J’aime les savourer.
Non pas les consommer.
Alors qu’importe si c’est demain.

Ou aujourd’hui.
Aujourd’hui a un goût d’harmonie.

Je crois au hasard, non pas à la chance.
La chance, elle est telle qu’on veut bien se la donner.

J’ai préparé mes bagages, minutieusement.
Un sac rempli de moi et de ma vie.
Et pour une fois, j’ai l’impression que c’est en ordre.
Tout est bien trié.
Même si c’est jamais plié.

Même dans la poche du fond.
C’est la poche à brouillons.
Le petit bordel nécessaire et vital.
Celui où on pioche les questions.

Aujourd’hui a un goût d’harmonie,
Et elle m’a dit, harmonie,
« Je suis d’accord ».
Harmonie est d’accord avec moi-même !
Et pourtant, elle a ouvert la poche du fond.

Ok, prête à partir pour demain.
Demain qui sonne comme un aujourd’hui.
Enfin.

J’irai à mon rythme.
En prenant le temps de garder l’équilibre.
Mon sac.
Et harmonie.

On ne se perd jamais, tu sais.
Tant qu’on se trouve.
Tant qu’il ya quelque chose à chercher.

La vie l’amor les vieux

Une matinée passée entre une salle d’insupportable attente, de la route, une pharmacie, un laboratoire d’analyses. Le tout sur fond de sensation de brûlure intense mélangée à une envie d’uriner alors que y’a RIEN dans ta vessie. Tu le sais bien que y’a rien. tu y étais y’a 26 secondes, dans les toilettes. Et puis tu bois, tu bois, tu bois. C’est bien, ça dilue le sang dans l’urine. Deux litres d’eau il a dit le monsieur docteur. Pendant quatre jours. Si avec ça, je finis pas par faire sortir de l’eau, c’est vraiment que mes reins y mettent de la mauvaise volonté.

Vous savez que les petits vieux ils s’emmerdent vachement dans leur campagne ? Le dimanche, y’a la messe, ça occupe. Le samedi, le marché. Jeudi, les fleurs à changer au cimetière. Mardi, la voisine à aller visiter. Si tout va bien, dans quelques semaines, son jour de visite passera au jeudi. ça tombe bien, y’a la femme de ménage qui veut venir le mardi maintenant. Elle nous fait chier celle-là. Et le mercredi y’a les petits enfants. Le lundi, faut aller à carouf pour la course de caddies. Attention Germaine, tu vas pas me griller à l’ouverture des portes du supermarché deux semaines de suite, je te préviens.

Mais alors, le vendredi… on décide d’être malade, le vendredi. Tous en même temps, c’est plus sympa. Comme ça, Simone peut griller Germaine en pérorant que Moi Madame, j’ai un rendez-vous à dix heures et j’étais là AVANT VOUS. Et alors Germaine, elle se tord de douleurs sur sa chaise pendant quarante minutes en jurant de lui faire bouffer les pelottes de laine en soldes au rayon mercerie de carouf lundi prochain. Ah ! Elle la retient, celle-là !
Heureusement dans la salle d’attente, y’a France Bleue en fond sonore. Histoire de t’empêcher de te concentrer sur ton bouquin. Et puis de toute façon, t’as l’air con à faire semblant de savoir lire. Prends donc un Paris Match, un Voici, un Ici Paris sur la table. C’est gratuit. Germaine, si tu crois que je te vois pas arracher les pages spécial macramé de Femme Actuelle de janvier 2003, tu te fourres l’aiguille à tricoter dans l’oeil.

N’empêche, y’avait un bébé rieur dans la salle de longue attente. Il frappait dans ses mains et sa maman avait un sourire d’ange.
Et puis y’avait ce petit vieux, ce vieil amoureux, qui veillait sur sa Germaine comme si elle était un bout de lui. Supportant sa rancoeur et ses plaintes contre la Simone. Lui tenant la main, pour pas la laisser seule.

les bouées, ça veut dire qu’après j’ai plus pied ?

Ce n’est rien qu’une question d’équilibre.
Trouver le point.
Mouvant, errant, indéfinissable et glissant.
J’ai dit équilibre. Pas milieu.
En sachant que l’équilibre est tout à fait circonstanciel.
(Un petit clien d’oeil parce que décidément, j’aime bien.)

Fonction de moi.

Pas moyen d’écrire correctement ces temps-ci.
Approfondir.
ça demanderait de la concentration.

Et je suis concentrée sur un autre point d’équilibre.
Des dizaines d’autres points d’équilibre, d’ailleurs.

Fonction de moi².

Perturbation complète des points de repère.
Le vert passe à gauche et la droite au rouge.
C’est le grand bain ?
Dans quel sens ça va ?
A merveille, merci.
Effet miroir un peu loupe
Observer de loin sans se passer d’être très près.

Nage. Tu verras bien.

Trois mille

JF morte de trouille et bouffée par des sentiments tout bizarres
Ch. mots à coller par dessus complètement innocemment
histoire de vraiment leur donner un air de rien.

Allez, je suis joueuse aujourd’hui. Une partie de cache-cache, ça vous dit ?
Surtout, tout le monde ferme bien les yeux et compte jusqu’à trois mille.
Vous regardez pas, hein ?!!!

*inspiration*

Trois mille.
Jours.
Nuits.
Secondes.
Heures.
Fois.
Soupirs.
Envies de crier.
Envies de m’enfuir.
Envies de rester.
Envies de parler.
Envie de ne rien dire.
Parler.
Rien dire.
Parler, bordel !
Rien dire, putain !

Tu prends tout ça, t’en fais une boulette,
Tu la roules dans de la mie de pain
et tu avales.

T’en fais trois mille.
Et tu comptes.
Tu comptes jusqu’à trois mille étoiles
Le temps de trois mille réveils
Vérifier les trois mille battements de coeur.

Après tu reviens.
Le temps de digérer tes boulettes de pain.

En attendant, je ne veux pas t’entendre.

Retiens ton souffle !

La Partie

On n’est jamais heureux.
On connaît simplement des bonheurs, des petits, des grands.
Mais on n’est jamais heureux.
On ne le sera jamais.

Espérer un monde meilleur.
La plus merveilleuse et la plus risible de toutes les utopies.
De Rousseau à Comte-Sponville en passant par Miss France.

Ce après quoi on marche, depuis la Nuit des temps.
Le Bonheur.

Espérance bouffe la queue de Bonheur.
Et Bonheur, dans un sursaut mutin,
crie et bondit comme l’ Enfant éternel
« Non non ! Tu ne m’attraperas pas ! »
Court, saute et joue à chat.

Non non, nous ne l’attraperons pas.
Mais Espérance est là.
Et puis Bonheur est joueur.
Alors on cherche un quatrième pour se faire un tarot.

Mon fils,
Je n’ai pas su être plus heureux que mon père.
Mais toi, tu es mon fils.
Et je crois en toi.
Voilà ton flambeau, mon ange.
Je veux ton bonheur, parce que je sais que personne n’y a droit.
Je veux que tu sois heureux, parce que moi, je suis grand.
Adulte. Vieux. Grandi. Amorti. Decrépi. Enseveli.
Je ne suis plus un enfant.
Je suis grand.
Tu entends ?
Alors sois heureux, je t’en prie.
Accepte le flambeau.
Mon ange.
Tu verras, c’est beau, la vie.

Le sens, dis-tu.
Le sens.
Je le perds de vue dès que j’ouvre les yeux.
Pourtant, c’est sans doute là que je le vois le mieux.

Bon allez viens. On va se le faire ce tarot ?