wagon bar

Il voudrait bien savoir où il en est.
Il a beau regarder par la fenêtre du train qui court plus vite que le paysage, y’a pas de carte. Pas de plan. Pas de mode d’emploi. Il a pas choisi d’en arriver là. Il a juste essayé d’avancer. Mais il est arrivé. Là. Là où il ne s’attendait pas. Face à elle. Pour lui dire qu’il a pas voulu que ça se passe comme ça. Qu’il s’y attendait pas. Qu’il en veut à…
A qui tu peux en vouloir ? A part à toi ?
Oui, c’est ça, je m’en veux, à moi. C’est moi. C’est à cause de moi. Tout ça. Toute cette route. Tout ce chemin. Qui mène à rien.
En fait, il n’en croit rien. Pourquoi s’en vouloir à soi ? Alors qu’en fait, c’est la vie qui s’est planté de carte, qui s’est gouré de plan. C’était pas sa route. Pas son chemin. Il aurait jamais du croiser le sien. A elle. Il aurait jamais du poser sa main. Il aurait jamais du lire le paysage, ouvrir les yeux. Il aurait jamais du les fermer, pour l’embrasser. Il aurait jamais du prendre peur. Il aurait jamais du chercher à s’arrêter. Y’avait pas de gare de prévue, sur le plan. Mais le plan, il le connait pas.

Il est dans le train qui mange le paysage. Des arbres, attaqués de toute part. Par le train qui s’enfonce bruyamment dans ses entrailles. Par la pluie en trainées qui coule le long des fenêtres. Par les rideaux plissés, qu’il a envie de fermer. Ne plus voir le paysage qui s’essouffle et qui crève, à vouloir suivre ce train. Ce putain de train, qui mène à rien. Ferme les yeux. Le soleil peureux s’éteind. Tout disparaît. Le paysage qui se noie, le soleil qui fuit. Et lui. Lui.

Lui, il va finir par manger un sandwich. Au wagon bar. Dans le train qui mène nulle part. Si ce n’est loin. Il aimerait bien pouvoir bouffer le souvenir qui lui ronge le ventre à cet instant, mais c’est comme les cartes et les plans des chemins qu’on choisit sans savoir, ça. ça existe pas vraiment. Alors ce sont eux qui nous bouffent, et nous, on peut même pas les attraper. Pour se nourrir, un peu.

4 réflexions sur “wagon bar

  1. salconmisanthrope dit :

    joli

  2. zivvoug dit :

    plus que joli , vrai , essoufflant , effrayant de s’imaginer sur quelques lignes dans ce paysage …

  3. Plancton dit :

    Merci beaucoup à vous trois ! Et puis aussi à monsieur le quatrième qui se reconnaîtra et qui préfère d’autres moyens de communication 🙂
    Ziv, c’est vrai qu’on a tous les moyens de pouvoir se mettre dans la peau de ce personnage. Comme toujours quand on cause de nutriments essentiels à la vie. Agréables ou pas au palais.

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