Les souliers verts

Les yeux lisent. Le sang afflue. Remonte, lentement. Dans la poitrine, ça cogne fort. ça s’agite et ça palpite. Dans la gorge. Y’a un truc qui tape violemment, qui essaie de sortir… Montée fulgurante dans les tempes.
Se calmer… ne pas songer à son air innocent. A son mensonge éhonté. Heureusement que j’avais réussi à te faire cracher un petit morceau, hein. Heureusement que je viens pas de tout réaliser d’un seul coup. J’aurais la tête en bouillie et je serais bonne pour le malaise vagal, les papillons devant les yeux et …. ha mais oui, j’ai déjà les fourmis dans les doigts.
Heureusement que t’as la chance de pas être en face de moi, maintenant, là…

Le seul truc qui réussisse à me faire sourire, c’est la chanson qui vient de me bondir à l’esprit, en relisant ces mots, en pensant à cet innocent objet trouvé dans ta salle de bain… « Ha mais, vraiment, je vois pas du tout à qui ça peut être. Non non non. Ah que non. Du tout du tout. »
Les souliers Verts, de Linda Lemay… Dédiée à tous ces mauvais comédiens de la vie qui nous prennent vraiment pour des grosses truffes.

Ça faisait deux petits mois d’amour
Qu’on s’connaissait
Pas un seul accroc dans l’parcours
C’était parfait
On a fini par s’faire l’amour
On a choisi notre moment
On était mûrs, on était sûrs
De nos moindre petits sentiments
J’étais sceptique, j’étais peureuse
T’as mis deux mois
À remettre ma confiance boiteuse
En bon état
J’avais baissé mon bouclier
Cessé de nous prédire une guerre
J’étais en train d’emménager
Lorsque j’ai vu… les souliers verts
Des souliers verts à talons hauts
Dans l’garde-robe
Une paire de souliers verts
Aussi suspects qu’ignobles
J’les ai r’gardés droit dans les semelles
Quand ils m’ont sauté dans la face
Et ça puait la maudite femelle
Qui a dû les porter rien qu’en masse
Et ce fut un interminable face-à-face
C’était entre moi et la vieille paire de godasses
Et j’ai vu ma vie défiler
Devant mes yeux déconcertés
Et j’ai senti la sueur couler
Le long d’ma tempe …
Ça faisait deux petits mois d’amour
Qu’on s’connaissait
Fallait voir ça la belle petite cour
Que tu m’faisais
J’avais cessé d’me protéger
Depuis le cœur jusqu’à la chair
J’me sentais en sécurité
Jusqu’à ce que j’voie… les souliers verts !
Des souliers verts à talons hauts
Sur la tablette
Une paire de souliers verts de femme
Ou de tapette
J’les ai r’gardés droit dans les semelles
Dieux merci, c’tait pas ta pointure
J’suis allée m’mettre des gants vaisselle
Pour m’emparer d’ces petites ordures
Quand j’suis arrivée dans la chambre
En t’les montrant
T’étais comme un caméléon sur le lit blanc
Je t’ai demandé à qui c’était
J’peux pas croire que t’as bredouillé
Exactement ce que j’craignais
Que t’en avais aucune idée
Que t’étais le premier surpris
Qu’t’avais jamais vu ça avant
Au grand jamais, jamais d’la vie
Non… sincèrement !!
…Ben oui ça pousse des souliers verts
C’est comme une sorte de champignon
Une sorte de quenouille ou d’fougère
Ça devait être humide dans ta maison
C’est parfaitement compréhensible
Qu’ça apparaisse des souliers verts
J’pense même qu’y en a des comestibles
Mais eux, ils poussent dans l’frigidaire
C’est sûr qu’j’ai pas à m’inquiéter
Des petites chaussures de rien du tout
Le petit modèle de fin de soirée
Pour dames à quatre pattes ou à genoux
Qui sait si c’est pas l’Saint-Esprit
Qui est venu t’octroyer des souliers
C’comme les brassières en dessous du lit
Qui poussent chez d’autres « miraculés »
Bien sûr !
Ça faisait deux petits mois d’amour
Qu’on s’connaissait
J’allais quand même pas laisser ça
Nous séparer
Mais si tu veux bien mon amour
J’vais me permettre un commentaire
Pour toutes les jeunes filles au cœur lourd
Qui ont rencontré des souliers verts
Allez chercher vos gants d’vaisselle
Puis jetez-moi ça à la poubelle
Vous saurez pas l’fond d’l’histoire
Puis c’est p’t’être mieux de n’pas l’savoir !
Fermez vos yeux petites brebis
Vous irez droit au paradis
Le ciel est rempli de petits anges
Qui ont jeté des souliers aux vidanges
Et puis j’vous parie qu’en enfer
Dans la basse-cour du vieux Satan
Y a pleins de poules en souliers verts
Et y a plein d’maris innocents
Qui n’les ont jamais vues avant
Non… sincèrement !!!
Bien sûr… !

2 réflexions sur “Les souliers verts

  1. Ash dit :

    Je pense que tu fais fausse route… Sincerement.
    Je t’embrasse
    Ash, non Hugo.

  2. Plancton dit :

    La fausse route, je l’ai prise y’a longtemps.
    Avec toutes mes auto-condoléances.
    Mais faisons fi !
    J’ai juste besoin de casser une cathédrale à coups de petites cuillères et tout ira mieux… demain.
    Et tu le sais que je t’embrasse aussi 🙂

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