• 03Apr

    Je conduisais tranquillement, avec mes pattes de canard à casser dans la tête, histoire de varier.
    ça roulait pépère, je respectais même presque les limitations de vitesse. Et bam !
    Un pneu qui explose ? Non.
    Un lapin suicidaire ? Non plus.
    Une crise existentielle. Là. Ecrite noir sur blanc sur un parpaing plombé qui m’est tombé en plein sur la tronche.
    Voilà ce que c’était.
    J’étais en train de me dire que je n’avais su que parler de moi. Et que je n’avais pas su être moi.
    Et là est tout le problème.
    Qui je suis. Bordel.
    QUI JE SUIS ?!
    Parcellée, morcellée, découpée, séparée, pixellisée.
    Eparpillée en milliers de petits éclats que je n’ai su que répandre derrière moi. J’ai laissé mon bordel trainer lentement et je me suis abandonnée, petits bouts par petits bouts, au fil du temps.
    Aujourd’hui, il me reste entre les mains une brique de dilettantisme qui me plombe l’existence.
    Je n’ai réussi à garder que le pire de qui je suis.
    Parce que je suis la personne heureuse, rieuse et joueuse quand elle est avec des gens heureux, rieurs et joueurs.
    Parce que je suis aussi la personne triste qui compatis face à la détresse. Comme elle peut, c’est à dire comme beaucoup.
    Parce que je suis aussi la fille qui a voulu être mère et qui en est devenue chiante.
    Parce que je suis aussi le clown qui faisait rire toute la famille en imitant Guignol.
    Et attends, c’est pas tout.
    Je suis aussi celle qui pique des colères quand l’agressivité extérieure vient toquer à sa porte.
    Et puis celle qui boit comme un trou quand elle veut oublier.
    Celle qui écoute quand il faut écouter, celle qui se tait quand on parle, celle qui parle quand on lui pose des questions.
    Et aussi celle qui regarde les gens partir sans broncher parce qu’elle veut pas encombrer.
    Je suis celle qui s’efface devant le monde.
    Celle qui disparaît.
    Celle qui n’a pas vraiment de personnalité, ou bien qui l’a laissée traîner derrière elle et l’a oubliée.

    Une chose me rassure, je ne suis pas d’accord avec la majorité des conneries que je viens d’écrire.
    Je suis tout. Et son contraire.
    C’est à dire rien.

    Mais ça ne me dit pas qui je suis.
    Je ne sais pas quoi faire pour me rassembler…

    Pourtant, c’était le but, quand j’ai décidé de rester vivre au milieu de rien. Pouvoir me regrouper.
    Mais c’est à croire que j’ai réussi mon passe-passe de caméléon sans même m’en rendre compte. Je suis devenue rien.
    J’ai eu tout faux.
    Et je m’en veux.
    Je m’en veux comme rarement.

    Je ne sais pas quoi faire pour me ressembler.
    Et j’ai peur de ce que je suis en train d’écrire.

  • 03Apr

    J’me prends pour Super Jamie, j’ai un super pouvoir ! Il s’appelle l’autoconviction. Quand j’ai envie et besoin d’aimer, c’est à dire, soyons honnête avec nous-mêmes puisque l’honnêteté est intrinsèque à l’existence d’un super Héros, quatre-vingt dix pour cent de mon temps de vie jusqu’à ce jour, je jette mon dévolu mon super pouvoir sur quelqu’un qui me paraît à peu près assez digne pour le recevoir et pouf ! Voilà ! J’aime !
    Et alors quand la situation s’avère périlleuse, qu’en fait c’était un méchant déguisé en gentil et que Super Jamie elle s’est fait bluffer, pff, la conne ! Et ben pouf ! Autoconviction powa ! Et voilà j’aime plus !

    Autrement dit, être Super Jamie, c’est super crevant pour le coeur, faut être réaliste.
    Pis parfois, Super Jamie, elle se demande si elle ferait pas mieux d’utiliser son Super Pouvoir à d’autres fins plus utiles que celle de satisfaire ses Super besoins affectifs. Genre se bouger le cul et trouver un Super boulot. (‘coute cher ce foutu costume à paillettes hein).

    Certaines nuits où Super Jamie est super fatiguée d’avoir trop bousculé son petit coeur de naine (une erreur de l’accessoiriste jamais corrigée pour éviter les brouillages avec le script), elle se marre comme une Super loutre à 6 heures du mat dans son pieu parce qu’elle vient de se faire réveiller par un Super matou qui a une Super clochette pendue à son cou sur l’idée de sa Super coloc. Super Jamie, elle se lève, elle va faire pipi (les Super Héros font pipi, et oui ! Mais on ne sait toujours pas s’ils font caca ou non, la science des Super Héros étant confrontée elle aussi au fameux chaînon manquant… Aucun rush d’un Super Héros aux toilettes n’ayant jamais été découvert jusqu’à ce jour. Mais moi, je vous le dit, Super Jamie, elle fait pipi. Un jour, vous verrez les preuves dans “Incroyable mais vrai” à 23h15 sur TF1.)
    On en était donc à Super Jamie qui va faire pipi, qui vire le chat à clochette qui fait trop de bruit de son pieu, qui verrouille la porte à clé parce que, qui dit Super Matou dit aussi Super pouvoir pour ouvrir la porte même quand tu crois qu’elle est fermée, et qui se recouche.
    Et là, Super Jamie est confrontée à un gros trou dans sa tête. Le méchant tente de s’immiscer dans son cerveau et s’apprête à l’empêcher de se rendormir. Les lettres d’un prénom se matérialisent dans sa conscience… Super Jamie !!!! Attention !!! Le méchant est là !!!
    Et ben qu’est-ce qu’elle fait Super Jamie ? Mh ? Je vous le demande ?!
    Elle sort son Super Pouvoir Dérision en combo avec Autoconviction et pouf !
    Surgissent alors dans la nuit les lettres qui vont effacer à tout jamais le méchant de la tête de Super Jamie… Hahaha ! Se gausse Super Jamie. “Tu voulais m’empêcher de dormir, hein ? Canaillou !? He ben prends-toi ça dans ta face !”

    “Casser trois pattes à un canard”

    Le méchant arrête de rigoler deux secondes.
    Tain, ça marche. J’y crois pas.
    “Casser trois pattes à un canard ! Casser trois pattes à un canard ! Casser trois pattes à un canard !”
    Super Jamie rigole. Le méchant capitule dans un râle de démon retournant aux Enfers. Super Jamie fait coucou de la main aux soeurs Halliwell, sourit, et se rendort enfin.

    Depuis ce matin, j’en suis à environ une centaine de “casser trois pattes à un canard”.
    Ce qui nous fait 300 pattes de canards.
    Super Jamie nous prépare le plus gros cassoulet du monde pour le Guiness Book des records 2008.