Je te vis comme une agression.
Une agression permanente.
Etre invivodynamique.
Etre suffisamment forte pour ne pas m’accrocher aux courants d’air que je traverse. Ne pas en ressentir la piqûre. Aussi brûlants puissent-ils être.
Devenir par là-même une autre de ces formes indistinctes d’agression quotidienne. Me fondre dans la masse composite de milliards d’êtres humains interconnectés, interagressés.
Me blinder ? Pourquoi pas. Et devenir quoi ? Un rocher ? Un mur ?
Je n’ai pas les briques pour. Ou peut-être pas le ciment.
De la mousse. Sûrement. Et j’y tiens. Elle me permet d’être douce avec toi, quand tu as besoin de mes bras.
Minérale ? Végétale ?
Animale. Je suis un « être vivant ». Une injure des anciens temps. Je viens du souffle de la vie, principe vital.
(Et décidément, le telfi est mon ami)
Païenne. Jusqu’au bout de l’ongle de mon petit orteil gauche.
Agnostique pratiquante, je m’exerce à la contemplation du blé qui pousse et du métro qui passe.
Je te vis comme une agression, comme une occupation. Et j’ai envie de t’agresser moi aussi.
Voir de quoi tu es fait.
Après le regard de l’inconnu sur soi, la première des agressions, et sans doute la mère de toutes les autres, c’est ça :
Bonjour, moi c’est Blandine.
Et toi ?
