Children of Men

Faudrait que je le revoie. Que je m’y baigne encore une fois. Tant pis s’il me met mal à l’aise, s’il me dérange. Rien que pour son esthétique, j’ai déjà envie d’y retourner.
Sommes-nous dans un futur proche ? Dans un passé vieillissant? Ou bien dans un présent en latence, ancré bien solidement aux repères de notre société, bien réelle, elle ? Les références à notre propre temporalité se mélangent et se superposent, monde urbain ou rural, rien n’y échappe. Les caméras nous surveillent, le gouvernement fait des siennes, les anarchistes sont des pourris et la rébellion une ironie du sort. Aucune parcelle de notre monde civilisé n’est épargnée, et le fléau de l’absence nous recouvre tous dans une chappe de cendres immatérielles. L’humanité se recroqueville sur une île totalitariste, fuyant le chaos. Personne n’est à l’abri. Le monde est devenu trop petit, trop concentré pour pouvoir continuer à vivre sans imploser. Le rêve d’un ailleurs et d’un avenir pour l’homme relève de la pure féérie, dans un monde où « demain » n’est plus synonyme que de mort, où « hier » n’est plus que l’écho du deuil.
Nous sommes dans le présent, indéniablement. Et le fléau de l’absence règne.
On n’a pas idée de ce que peut être le monde sans le cri des enfants.

J’y ai vu une fable. Une fable remplie de symboles, une fable qui nous raconte, maintenant, aujourd’hui. Une grande fresque de la place que nous accordons à la vie. [Attention, je vais digresser. Don’t fear. I don’t hurt.] J’y ai vu un écho de notre religion jeuniste, notre culte de l’erreur. L’individu s’enferme sur lui-même et se plait à se penser à l’abri, protégé, dans sa propre petite bulle, dans sa propre petite autocratie, sa propre petite quête hédoniste, sa propre recherche de valeurs intrinsèques. Nous sommes aspirés par nos propres personnes comme une pauvre étoile peut l’être par un trou noir.
On jette tout en bloc, au nom du Droit, au nom de la Liberté, en espérant que dans le noir, on pourrait peut-être y voir plus clair. On oublie le principe vital.
La vie, l’amour. (Les vaches). (Désolée).
(Tiens, celui-là aussi faudrait que je m’y replonge !)

Children of Men, (Les Fils de l’Homme en VF) c’est l’histoire d’un accouchement. C’est l’histoire de l’homme qui est en train d’oublier la vie, et qui attend le miracle de son retour. Il est en train de crever. C’est un homme stérile, une femme trop vieille, une humanité malade de sa propre folie, qui s’illuminent en apercevant une vie. Une vraie vie. Une vie oubliée. Une vie jeune. Une vie à protéger. Un amour à la fois transcendant et matérialisé de chair, de sang, d’os, et d’innocence.
C’est un accouchement dans la douleur, dans la misère, les cris et les bombes. Un accouchement d’aujourd’hui. Aujourd’hui… Le temps béni où les hommes refusent de voir qu’ils n’ont pas de lendemain.

La morale simpliste « faites des enfants » est loin de me satisfaire.
La morale est une affaire de personne. Chacun la sienne. Et si elle pouvait en plus être propre…

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