Le train 54

Le train 54 arrive alors que je me trouve sur le quai d’en face.
A l’instar de quelques uns évidemment plus rapides que moi, je traverse en courant les rails. Pas le temps de prendre le passage sous les voies. Le train 54 va partir. Pas de porte d’entrée de ce côté-ci du train 54, un autre train arrive et fonce sur moi. Juste le temps de bien calculer sur quels rails doivent se trouver mes pieds pour ne pas se faire écraser…
Il me semble que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à percevoir la sonnerie d’un de mes quatre réveils. Celui qui crie le plus fort et le plus aigu. Les sons étaient tellement lointains… J’ai réalisé que les boules Quies étaient restées dans mes oreilles sans broncher.
Pourquoi des boules Quiès alors que l’on vit dans une maison perdue au milieu des champs ? Parce que la cloison des deux chambres est malheureusement trop fine pour absorber les ronflements morbides de ma coloc.
Une raison de plus pour rejoindre Paris : Je dors déjà avec boules Quies. Toutes les nuits.

J’essaye de retrouver un peu d’humour, de la poigne et de la verve, mais aucun essai ne me paraît satisfaisant. Par contre, je reprends goût à l’humour des autres, s’il est suffisamment léger pour ne pas me plomber l’estomac. Quelques envies reviennent, doucement. J’essaie de faire attention à qui je parle, j’essaie de ne pas me coucher dans les rosiers, même si la tentation est là.
Faire attention n’a jamais sauvé personne quand il s’agit de tomber au mauvais moment. Ainsi, on se blesse parfois bien inutilement.
L’homme se doit d’être absent, l’homme se doit d’être cassant, l’homme doit me faire mal pour que je l’aime tant ?
Il est temps d’achever Oedipe, et de te laisser t’étouffer doucement dans ta gangue d’auto-suffisance.
L’homme libre est le plus beau de tous. On ne peut que l’admirer, immobile, telle une statue de givre perchée haut sur son piédestal, inaccessible.
Parfois, j’ai envie de prendre un marteau et de l’exploser, cette putain de statue.

Hier, c’était la journée des animaux qui refusent de crever et qui agonisent lentement. Les pattes qui remuent dans le vide, appendices inutiles de corps brisés mais toujours vivants. Les secrétions corporelles qui se vident en spasmes incontrôlables. Des cris stridents, expressions folles d’un instinct propre à ceux qui aiment l’odeur de l’herbe fraîche et de la terre humide.
Je l’ai laissée crever sous quelques feuilles, lentement. En espérant que la mort vienne d’elle-même. Je ne connais pas son cri, je ne sais pas l’appeler. Il ya des langages que l’on souhaite ne jamais parler.

2 réflexions sur “Le train 54

  1. Ash dit :

    Tiens j’ai une blague pour toi…. euh…non. Finalement, t’es pas encore assez sensible à l’humour des autres.

    Pfff.
    Un bisou?

  2. Plancton dit :

    En parlant de blague, je viens de m’en faire une belle, tiens.
    Cela dit, y’en a une de ta chérie qui m’a vraiment fait rire, celle du vieil Arabe qui veut cultiver des pommes de terre 🙂
    Bisou Sha ! (Le verlan nous sauvera du hiatus).

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