• 19Jul

    Je crois que y’a un monsieur efféminé qui vient de me demander où se trouve la rue au-nom-qui-n’existe-pas. Comme j’aime bien partager mon ignorance avec les autres, je m’arrête donc et lui dis ce que j’en sais, c’est à dire que je n’en sais rien. Il rigole parce qu’il trouve ça sympa que je m’arrête comme ça pour ne pas vraiment l’aider. En fait, il est là pour distribuer des bouquins d’auteurs homosexuels du Marais ou un truc comme ça. Il me demande si je suis amoureuse. Après un tour de manège supersonique dans ma tête, je suis bien forcée de lui répondre que non. Il trouve ça super dommage et qu’avec les seins que t’as et ton beau cul, c’est franchement con que y’ait pas un mec le soir dans ton lit pour en profiter. Second tour de manège dans ma tête, moi, j’aimerais bien aussi hein, je lui dis. Célibataire depuis huit mois ? Ouais, ça marche, tu passes encore au contrôle technique. Il me fait rire dans toute sa candeur d’adulte.
    Il me présente deux bouquins, il me les offre, contre petite participation aux actions de l’association de je sais plus quoi. Je sais pas pourquoi, je me souviens pas de tous les détails de son blabla. Coup d’oeil rapide, la couverture me plaît, ça parle d’un homme, de sa vie amoureuse. J’aime bien découvrir ce qui tombe du ciel sur mon chemin. Mon portefeuille affiche douze euros et des confettis jaunes. Je garde les confettis.
    T’es charmante, t’es pas comme ces pouffes qui se la pètent. Je te ferais bien l’amour comme un dieu ce soir tiens. Il me sort ça avec le sourire et la classe et la caresse dans ta face livrés trois en un. Et moi, quand on me dit ça comme ça, avec cette température humaine là, et avec le soleil qui me tape sur le crane, je fusionne et je passe direct à la condensation.
    Je repars avec douze euros en moins, quatre bouquins finalement, un pour moi, deux pour des filles, un pour un homme. Faudra que je retienne à qui il m’a demandé de les offrir quand même.
    Et puis j’emporte aussi avec moi le souvenir d’une séance de free hug en pleine rue piétonne, le goût d’une langue toute douce qui m’a pris la bouche d’assaut comme on prend un sexe quand on l’aime, quelques murmures dans l’oreille, le sourire, la clope qui tremble et un numéro de téléphone sous un prénom dans un bouquin que tu le gardes pour toi celui-là hein ?! Et que tu m’appelles quand tu montes à Paris.