Alors voilà, je suis de retour.
J’ai pas l’air comme ça, mais mine de rien, j’étais partie super loin.
A Paris. Ma ville de week-ends, ma ville de la peur, ma ville qu’est pas à moi, mais que j’aime vachement quand même.
Rue Oberkampf. Une rue dont je connais au moins trois restaus quatre bars deux tabacs deux tireuses à money deux merdes de chien trois branlodragueurs, une rue que j’ai remontée tout entier pour parfois aller chercher l’espoir, que j’ai redescendue main dans la main avec le sourire, que j’ai remontée au bras d’un homme, redescendue en riant avec une copine, remontée, redescendue, en me marrant, en pleurant, en frôlant les murs, en fonçant dans l’tas, tout ça au moins vingt fois. Si on compte aussi ce qui compte pas.
Rien qu’un endroit comme d’hab au final, rien qu’un coin que je connais bien.
Et que j’ai découvert pour la première fois.
Quand je regarde un film, j’attends le lendemain pour savoir si j’l'ai bien aimé. Si je m’en souviens, si les émotions restent gravées, alors c’est tout du bon.
Ben ce week-end, j’ai pas regardé de film. J’aurais pu, vu le lieu. Et ça aurait pu même être logique. Mais faut bien que les choses changent dans les plaines sous le plâtre et la pluie.
En fait, je suis allée sur la pointe des pieds soutenir le monsieur de chez elucarrébrations, slameur à ses heures. Et comme je découvrais tout ça moi, ben j’ai commencé gentiment par l’apéro slam. C’était bon. Alors j’ai pris les hors d’oeuvre slam. Pas mal. Le poisson. La viande slam. Les ptits légumes, les patates sautées, le riz sauce slam, le fromage, le gâteau chocoslam, la slam vanille, avec un verre de slam, et quatre pailles, et puis des petits bouts de slam pour accompagner tout ça, parce que plus ça slamait dans mes oreilles, et plus j’en avais faim et plus j’avais envie de bouffer, de m’engouffrer, m’empoigner, de m’imprégner, me délasser, dénouer, dénerver, détoxifier, désidentifier, désilluminer, me laisser éteindre bouger suffoquer respirer…
J’ai pris mon pied. Le week-end tout entier. Le cul sur une chaise, presque sans bouger, et sûrement sans baiser, à les laisser me montrer que la parole ne dort pas et que les mots lèvent le bras pour être soufflés.
Dans ma tête, ça s’est pas arrêté. J’ai reglé quelques heurts, j’ai nommée ma colère, même si c’était pas à la bonne personne. Mais y’a t’il une personne qui doive entendre ces mots là alors que ce n’est que moi qui les ai enfantés.
L’enfant.
Putain. L’enfant.
ça me fait mal encore quelque part alors que c’était oublié, effacé, du passé loin, très loin, des années, des mois, et des pointillés collés par -dessus.
ça me fait mal, et ça devrait pas.
L’instinct emprunte de ces chemins, parfois.
Mais au moins j’ai parlé. Au moins j’ai dit.
Et après, j’ai pas arrêté.
Dans ma tête. Toute la nuit, en anglais, ou plutôt en yaourt, mais surtout en français, en rimes, en rythmant, en diabler, en cris, en choeurs, en crocs, en rocs en pics et lyres, cordes et vers.
L’accord résonne encore et me laisse sans voix, parce que je ne sais toujours pas dire. Je sais juste taper.
La violence infligée au clavier. Dernier refuge des sans échos, des sans résonne, de ceux qui crient juste en insistant un peu plus sur la touche espace.
Et toute la journée, ça a tourné dans ma tête, me laissant simplement assez de nerfs pour faire face à l’ouvrage pécuniaire, socio documentaliste.
Et puis ce soir, j’ai voulu m’arrêter de planer, alors j’ai laissé la parole à mes oreilles. Et j’ai inséré le CD.
Bordel. Y’a du Nosfell là-dedans. Des sons magiques et une voix d’ange. Et j’avais même pas remarqué.
Je reviens dans quelques jours. Je voulais attérir, mais je crois qu’en fait, je commence à peine à décoller.
