Carie

Peut-être qu’à force de creuser, on finit par se remplir de vide. Un grand vide qui pue la dent pas soignée.
Et sûrement qu’à force de se faire creuser par des bites qui se vident, on finit par se remplir de l’acidité qui t’attaquera là, tu vois ? à la base de la dent, sous la gencive, jusqu’à te transformer en une grosse carie évoluant au milieu de ses congénères.
Je vous parle d’amour, de toute façon.
Ce gros mot.
Alors à quoi bon châtier mon langage.
ça fait du bien, des mots qui sentent mauvais, parfois. ça fait l’effet de jeter ses poubelles dans la cour de l’immeuble voisin, par la fenêtre. Sans réfléchir aux conséquences. De toute façon, ce n’est qu’une poubelle, ce n’est qu’un immeuble, ce ne sont que des voisins.
Et toi, tu n’es qu’une carie, creusée par l’acidité amoureuse. Tu as donc toutes les excuses, que ce soit pour être jetée ou bien pour chercher encore à te creuser un peu.
L’amour. Quelle belle histoire de trou à colmater, quand même.
Si seulement je pouvais vendre mon coeur aussi bien que mon cul, ce serait presque un sourire de joie qu’on lirait sur mon visage.

Le seul problème avec les mots qui puent, c’est qu’ils valent pas mieux que les autres. Ils sont là rien que pour décorer de leur polysémie colorée les réalités souvent ravagées.

Je n’ai toujours pas compris à quoi ça sert d’être une personne bien. Vous savez, une personne qui n’a jamais jeté ses poubelles à la gueule de celui ou celle qui le mériterait peut-être. Une belle personne.
Mais d’ailleurs, j’ai même pas compris non plus vraiment ce que c’est d’être une personne bien, ou belle, ou bonne.
Je suis un peu conne, je fais rien qu’écouter ce qu’on me dit de moi.
ça non plus, je sais pas à quoi ça sert. Mais si quelqu’un pouvait avoir assez de crédibilité pour m’éclairer…
Faut pas rêver.

En fait, je rêverais d’être une belle salope. C’est un peu comme une belle personne, je crois, sauf qu’en fait, elle a le sourire tout le temps et qu’elle a réussi l’exploit scientifique de transformer sa carie en MST. Et quand elle a mal à l’amour, elle va se faire soigner sa carie chez son gynéco. Et ça marche.

Moi quand j’ai mal à l’amour, ça me fait un gros trou du sternum à l’utérus. Et ça reste dedans, sans bouger. Jusqu’à ce que je réussisse à nouveau à manger des bananes, une pomme, une queue ou une tranche de pain.
Y’a un moment où ça fait tellement mal que de toute façon, je pourrais avaler n’importe quoi pour essayer de combler mon gros vide.

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. Tout ce que je sais, c’est quand ça a commencé à puer.
C’était un jeudi. Il m’a dit “monte”. J’ai jamais ouvert la bouche pour me demander pourquoi. J’avais peur de puer, déjà. J’avais pas envie de m’écouter. C’est le jour où j’ai oublié le sens du bien, du mal. Le jour où je suis sortie d’une prison pour me réfugier dans un sac poubelle qui me colle aux mots aussi fort que le dégoût sur sa peau.

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