De la sociabilité de la boîte en carton.

J’y suis encore. Toujours coincée à l’intérieur de la petite boîte de carton.
Je me contorsionne un peu pour faire rentrer mon cul. Je veux pas qu’on voit mon cul qui dépasse.
C’est pas très pratique.
Les petits trous d’aération me permettent de participer un tant soit peu à la soirée socialisante. J’aime bien les bars de lesbiennes, elles sont belles ces filles. Je les regarde quand même, dès fois qu’elles le sauraient pas, qu’elles sont belles. ça n’a aucune utilité, mis à part de me distraire un peu.
Je me tords encore, la tête coincée contre une paume de main perdue. La mienne je crois. Y’a plus de sang pour faire passer le message, mais pas d’espace pour une troisième main de toute façon.
Je cherche ma place, entre les deux hommes assis en face, et les lesbiennes qui s’enlacent au comptoir. ça ne m’amuse pas beaucoup.
Plus tard, je creuse deux trous, passe les jambes et rentre à pieds. Les galeries de la place des Vosges me jettent un peu de bleu à la gueule. Rien de bien méchant. Pas de quoi faire pâlir ma colère sombre.
Un homme avec une rose à la main. Comme c’est touchant. Il attend en bas d’un immeuble, son téléphone lui raconte des choses tristes. Il lui dit qu’il sait oui, qu’il sait que tout cela est déprimant. Il regarde la fenêtre quelques étages plus haut. Je crois qu’il est bon pour attendre longtemps, avec sa rose qui crève déjà.
Une terrasse de café, un homme et une femme qui discutent. Mais pourquoi je l’aime ? Elle se demande. Moi aussi, mais ma place n’est pas ici, ni dans cette conversation.
Alors je continue.
A rentrer chez moi, en tout cas.
Vous avez remarqué vous aussi ? Ces quelques secondes. Ces quelques instants pendant lesquels il fait toujours noir quand on rentre chez soi, la nuit. Jamais rien de bien long, il suffit de tendre la main, trouver l’interrupteur. Et tout s’éclaire. En général, on n’y prête même pas attention. La lumière vient d’elle-même, dans un réflexe salvateur qui évite de se prendre les pieds dans le porte-manteaux.
Ben c’est long, quand on sait pas où il est l’interrupteur. C’est long, quand on sait même pas si y’en a un. Quand la boîte en carton n’est pas livrée avec l’électricité. Quand tout ce qui permet de lâcher un peu d’énergie, créer une vague lueur, c’est cette putain de colère sombre qui se frotte à chacune des tes pensées, chacun de tes sourires, chacune des mille occasions de la journée que tu perds pour arrêter de te torturer.
A part attendre d’avoir vidé cette batterie-là pour la remplacer par une autre qui fait de la lumière, je vois pas.

3 réflexions sur “De la sociabilité de la boîte en carton.

  1. Humphrey dit :

    Si tu veut je peut te preter une bougie,

    attention toutefois, la flamme est fragile…..

  2. Plancton dit :

    Avec tous les courants d’air qu’il y a par ici, c’est risqué.

  3. Humphrey dit :

    Il te faut alors entourer la flamme avec tes mains, cela pourra les réchauffer,

    la chaleur pourrait même se répandre jusque dans ta poitrine, qui sait ?? …..

    et parfois, même, dégeler ta « petite sibérie »…

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