• 05Nov

    - oui, maman … blablabla je descende sur Bordeaux aussi bientôt blablabla blablabla couple d’amis blablablabla avoir un bébé. Tu sais ? J’étais blablablabla mariage blablablabla.
    - Quand est-ce que tu trouveras un compagnon toi aussi ?
    - Aurevoir maman ! Bisous ! clic

    Rapide comme l’éclair un coup de fil avec ma mère.

  • 29Oct



    J’essaie de reprendre le contrôle, lentement. Je me jette de la raison dans les sens pour les calmer. Reprendre le contrôle de la peur qui surgit, sans que je comprenne vraiment pourquoi.
    Le monde est dangereux pour un être comme moi. Excusez-moi de ne pas m’y attarder.
    Excusez-moi, si je ne fais que passer.
    Votre contact m’envahit. Femme trou. Humain réceptacle.
    Vous avez trop d’emprise sur moi.
    Vos peurs deviennent les miennes, vos angoisses m’étourdissent.

    Est-on à l’abri derrière la vitre ? Ou bien est-on simplement enfermés ?
    La constante, celle qui me suit depuis si longtemps, celle que je cherche à définir depuis tant d’années. Je la tiens au creux de ma peur, je l’observe et l’admire. Je ne veux surtout pas l’effrayer, ce n’est pas tous les soirs qu’elle est toujours là lorsque je me retourne sur le miroir et qu’elle a oublié de bouger.

    L’âme et le corps sont deux animaux à dompter. Lequel va manger l’autre ?

  • 25Oct

    Pourquoi tu ne regardes pas les filles dans les yeux quand tu baises ?
    Je sais pas, j’ai honte je crois.
    T’as honte de quoi ?
    Honte d’être là. C’est ma façon à moi de dire “excusez moi mademoiselle de vous pénétrer”.
    Mais je peux essayer.
    Non. Me regarde pas, je préfère comme ça.
    Me regarde pas, je te dis. C’est toi qui as raison.
    De toute façon, je sais plus regarder moi non plus, j’ai perdu ça en route.
    Je dois avoir honte aussi.
    Et puis de toute façon, c’est mieux.
    On ferme les yeux, d’accord ? Comme ça, on ne voit plus les mensonges.
    Et puis franchement, c’est plus agréable.
    Quand tu me regardes, je vois plus rien, de toute façon.

  • 13Oct

    - Donc au final, ce mec te fait souffrir.
    - Grave.
    - Il n’ y a aucune possibilité d’avenir commun, tu l’aimes, et lui il t’aime aussi un peu, mais pas comme tu voudrais qu’il t’aime. Et tu es incapable de le virer de ta vie quand même.
    - Voilà.

    - Nan mais je comprends.
    - Ha bon ? T’en as de la chance. Parce que moi je sais pas ce que je fous avec ce boulet accroché à mon coeur.
    - Si si, c’est logique. Quand on te connaît, c’est tout à fait logique.
    - Merde. Je suis si tordue que ça ?
    - Nan, nan. T’as plus rien à bouffer dans ta cuisine, tu fous pas les pieds dehors avant seize heures, mais y’a des miettes de croissants sur ton bureau. Alors s’ il t’amène les croissants à chaque fois qu’il veut tirer un coup…
    -…

  • 11Oct

    Il y a comme une odeur.
    Un baiser en attente qui rôde dans ta tête.
    Un baiser de transition entre un passé qui crève et un avenir qui blesse.
    une forme de progression.
    Une odeur qui réveille les blessures endormies, qui s’insinue par des capteurs que tu voudrais abrutir et désensibiliser.
    Une forme de lobotomie.
    Peut-être une maladie.
    Sûrement juste un échec qui ne dort plus et met toujours sa musique trop fort, même au fond de tes rêves les plus sincères. Les rêves d’une personne qui voudrait simplement dormir et oublier. Boucler la transition.
    Le baiser neuronal de l’odeur qui remonte jusqu’à ton cerveau sort des crocs comme des pioches, il fait tous les dégâts qu’il peut et glisse dans tous les orifices qu’il croise.
    Il aime ton nez, tes yeux, tes oreilles et préfère utiliser ta bouche comme porte de sortie. Ta bouche si douce où s’écoulent et s’avalent les déchets inutiles. Ta bouche qui recrache des mots comme on s’enlève une épine. C’est un champs de cactus dans lequel tu t’es couchée.

    Toute violence reçue est une bombe en amorce. Sagement, elle explose en silence dans les cavités dévastées de tes sens en déroute, ébréchés par les coups de pioches de l’odeur qui continue d’avancer.
    A force de se multiplier, elle pourrait un jour ne plus être contenue. Crier de toutes tes forces, alerter les pierres, les témoins inconscients, les innocents en puissance, les coupables qui se terrent.
    Tu en meurs d’envie, premier témoin muet des odeurs qui s’embrassent déjà dans ta tête. Tu en meurs d’envie et tu ne répondras pas. C’est devenu ta seule défense.
    Des bombes ont explosé dans ta tête, pourtant.
    La jalousie va finir par tuer quelqu’un. Songe à ne pas rester près d’elle.
    Et arrête de baiser avec des cactus.

  • 10Oct

    Entre ciel et mer (du Nord)
    Enfin cette sensation de nager loin du bord. Loin du fond.
    Mais les yeux rivés sur le ciel, pour m’y accrocher.
    Mon univers est infiniment petit, et pourtant.

    Tellement de peurs à surmonter au départ…
    J’ai pas grand chose à honorer, si ce n’est ma liberté.

  • 03Jun

    Des ampoules de ginseng et de gelée royale.
    Ersatz pour la tête.
    L’espoir malsain s’étouffe peu à peu en dedans.
    Avec un oreiller sur la bouche, ça va plus vite.
    Je regarde les phases du deuil passer lentement dans ma tête, dans un long goutte à goutte, l’issue d’un flacon qui ne se vide pas.
    Des semaines entières déjà, occupées à ce seul travail qui m’obsède, me nuit, me remplit.
    Une histoire de vases communicants peut-être.

    La phase critique arrive. Celle où l’énergie est épuisée. La confiance à zéro.
    Je lâche ma drogue préférée, narcisse pervers adoré.
    Je lâche mon envie muée en dégoût, tellement attirant.
    Tellement fatigant.
    Une histoire d’instinct de survie sans doute.

    Je lâche ce bord-là, j’ai pieds.
    Je sais que j’ai pieds.
    J’espère que j’ai pieds.

    J’arrête de mentir aux ersatz.
    J’arrête de mentir.
    Je me sens à poils sans ton aura.
    Si peu sensuelle, dans mon habit de femme oubliée.

    Une goutte de plus évaporée.
    Une autre avalée.
    Demain, j’essaie de revenir à la réalité.
    Celle qui me dira de ne plus te goûter.

  • 10May

    Je mise tout.
    Je mise tout sur la pluie de mai.
    La pluie de mai qui saura, dans son indulgence, me laver de mes excès.
    Je mise tout.
    Je mise tout sur la pluie de mai.
    La pluie de mai qui saura me pardonner d’écrire son nom avec un F.
    Je mise tout sur elle.
    Je mise mes excuses d’alcoolique à ses heures. Et là tic tac.
    ça tombe pile.
    Je mise tout sur elle et ses eaux pures
    Qui sauront me laisser effacer ses traces
    Voraces. Pénétrantes.
    Et qui durent.
    Je mise tout.
    Je mise tout sur la pluie de mai
    Qui me laisse croiser cette femme seule sur son banc sale
    Qui me laisse porter mes mots seule dans ma tête bancale.
    Je mise tout sur la pluie de mai,
    Sur la pluie de ce dimanche envolé comme un adieu.
    Je mise tout sur la pluie de juin aussi,
    Comme un renfort souhaité pour des étreintes inattendues.
    Je mise tout ce que j’ai, c’est à dire pas grand chose.
    Et j’appelle la pluie à mon secours.
    Pour me laver de mon amour.

  • 09May

    Au loin d’eux, comme un malaise.
    Je les aime, puisqu’ils sont ma famille. Je les aime logiquement. Le lien est situé quelque part dans mon sang.
    Je les aime et je vais donc les voir. Puisque je les aime.

    Alors j’arrive. Je débarque dans ces lieux de mon enfance, dans cette campagne où j’ai grandi, dans cette ville où j’aurais du continuer à vivre. Logiquement. En restant près des miens, de ma famille, de ceux que j’aime.
    J’arrive et je dors.
    J’ai dormi pendant quarante-huit heures. J’ai dormi pour ne pas affronter le vide. Ce fossé qui nous sépare, moi et eux. Moi d’aujourd’hui, moi d’hier.
    ça s’appelle une dépression je crois, cette capacité que l’on a parfois à ne plus vouloir ouvrir les yeux sur la réalité.
    J’ai déprimé pendant quarante-huit heures, à me nourrir de sommeil. A me gaver de l’effacement des liens. A ne plus vouloir affronter.
    La paralysie des membres a commencé par la langue. L’incapacité de dire. C’est un mur auquel je me heurte à chaque fois. Un mur d’amour muet, de soutien silencieux, d’accompagnement bienveillant dans une mer de culpabilité. Mon père est là.
    Mon père me demande et je ne sais pas dire non. Je ne peux pas dire non.
    Je me rappelle les mots de Gilles. “Je n’accepterai jamais rien de personne, pour ne rien leur devoir”.
    Mais dans le sang, il y a déjà le lien. Il y a déjà ce que je leur dois. Dans mes blessures, il y a encore leur soutien. Dans mon parcours, il y a encore leur protection. Et maintenant, il y a mon chat entre eux et moi. Ils me tiennent par mon chat. Cette Tartine que j’aime infiniment. Ils me tiennent par un chat.

    C’est fou ce que les êtres incapables d’exprimer l’amour peuvent faire passer au travers des animaux. Puisque nous sommes des murs, jetons les animaux par dessus. Ils seront notre lien. Ils seront l’expression de notre sensibilité. Ils remplaceront ce que nous n’avons jamais réussi à nous dire.

    Ils me tiennent et ne veulent pas me lâcher. Je leur dois tout. Et ma culpabilité se nourrit de ce devoir et de toute ma reconnaissance.
    C’est ma faute aussi. Je l’appelle ma fille. Je l’ai aimée de tout ce que je n’ai pas pu offrir aux êtres humains. Je l’aime encore en la substituant à l’enfant que je n’ai pas eu.

    Je me suis séparée de moi et depuis je vois mieux. Si je vais mieux, je ne sais pas. Mais en tout cas, je m’éloigne d’hier et me rapproche de demain. Mais je me suis séparée de moi sans me séparer de mes projections d’amour. Ni de mes paralysies.
    Je m’imagine couper les liens. Confier mon chat à la SPA. Pour ne plus renforcer la matérialisation de ce que je dois à mes parents. Et je vois comme c’est ridicule. Comme on n’a pas besoin de ça.
    Le lien est là, de toute façon. Et rien n’y changera.

    Vous n’avez pas le droit de me faire payer votre amour. Je t’aime, vieux Lear. Je t’aime et je n’ai jamais su le dire. Je t’aime et je suis à mille lieues de toi pour pouvoir grandir. Je sais que j’ai fait les bons choix.

    A la maternité, je regarde ma soeur et le nouveau-né. Je suis écoeurée par tout ça. J’observe les grands-mères heureuses. Et j’ai la nausée. Ma mère qui ne cesse de répéter depuis le matin qu’elle est contente, que son petit-fils a la peau claire. Et oui. Avec un père à moitié algérien, on sait jamais, il aurait pu avoir les cheveux frisés et la peau matte.
    Maman me dégoutte. Maman. Celle dont je suis née. Celle qui tient le lien de mon sang dans sa tête malade, sur sa peau, son visage, dans ses veines. Maman.
    Maman grand-mère m’écoeure. Elle et sa satisfaction de grand-mère munie d’une descendance à peau claire. Grand-mère rassurée et contemplative. Elle et son besoin de reproduction projetée sur ses filles. Elle et sa bêtise.
    La grand-mère sort son appareil photo et capture l’image de la jeune mère donnant le sein à sa descendance à peau claire. Ma soeur éclate en sanglot.
    Acte manqué ? J’avais oublié mon appareil photo. Mais l’aurais-je pris, je ne l’aurais pas sorti. Parce qu’au-delà de ma soeur, de cette femme qui m’est liée par le sang, je voyais la jeune mère et son besoin d’intimité. Je me voyais de trop dans cette pièce. De trop, mais nécessaire. Comme une barrière protectrice pour empêcher le flash de la grand-mère de crépiter. Un rempart entre la bêtise de ma mère et ma soeur.

    Maman, cette femme et son enfant ne t’appartiennent pas. Au delà de ta fille et de ta descendance, j’aurais aimé que tu vois comme moi une jeune mère qui allaite. Une jeune mère sur laquelle tu n’as aucun droit.

    Mes chers parents, vous n’avez pas plus de droits sur elle que vous n’en avez sur moi. Malgré ce lien du sang que l’on vous doit.
    Malgré la vie offerte. Malgré votre amour aveugle, silencieux et tellement maladroit dans sa bienveillance.

    Je vous aime, en toute logique. Je vous aime et j’éprouve le besoin de vous voir. Tous les six mois. Obéissant au malaise de l’absence qui revient parfois me hanter. Six mois, le temps d’oublier cette dépression profonde qui me ravage à chaque fois que je vous croise.

  • 09May

    ça vaut quoi, un “je t’aime” lancé du haut des escaliers, entre un sniff d’héro et un rail de cé ?
    Le temps qu’il arrive en bas et le voilà déjà brisé.