La vie l’amor les vieux

Une matinée passée entre une salle d’insupportable attente, de la route, une pharmacie, un laboratoire d’analyses. Le tout sur fond de sensation de brûlure intense mélangée à une envie d’uriner alors que y’a RIEN dans ta vessie. Tu le sais bien que y’a rien. tu y étais y’a 26 secondes, dans les toilettes. Et puis tu bois, tu bois, tu bois. C’est bien, ça dilue le sang dans l’urine. Deux litres d’eau il a dit le monsieur docteur. Pendant quatre jours. Si avec ça, je finis pas par faire sortir de l’eau, c’est vraiment que mes reins y mettent de la mauvaise volonté.

Vous savez que les petits vieux ils s’emmerdent vachement dans leur campagne ? Le dimanche, y’a la messe, ça occupe. Le samedi, le marché. Jeudi, les fleurs à changer au cimetière. Mardi, la voisine à aller visiter. Si tout va bien, dans quelques semaines, son jour de visite passera au jeudi. ça tombe bien, y’a la femme de ménage qui veut venir le mardi maintenant. Elle nous fait chier celle-là. Et le mercredi y’a les petits enfants. Le lundi, faut aller à carouf pour la course de caddies. Attention Germaine, tu vas pas me griller à l’ouverture des portes du supermarché deux semaines de suite, je te préviens.

Mais alors, le vendredi… on décide d’être malade, le vendredi. Tous en même temps, c’est plus sympa. Comme ça, Simone peut griller Germaine en pérorant que Moi Madame, j’ai un rendez-vous à dix heures et j’étais là AVANT VOUS. Et alors Germaine, elle se tord de douleurs sur sa chaise pendant quarante minutes en jurant de lui faire bouffer les pelottes de laine en soldes au rayon mercerie de carouf lundi prochain. Ah ! Elle la retient, celle-là !
Heureusement dans la salle d’attente, y’a France Bleue en fond sonore. Histoire de t’empêcher de te concentrer sur ton bouquin. Et puis de toute façon, t’as l’air con à faire semblant de savoir lire. Prends donc un Paris Match, un Voici, un Ici Paris sur la table. C’est gratuit. Germaine, si tu crois que je te vois pas arracher les pages spécial macramé de Femme Actuelle de janvier 2003, tu te fourres l’aiguille à tricoter dans l’oeil.

N’empêche, y’avait un bébé rieur dans la salle de longue attente. Il frappait dans ses mains et sa maman avait un sourire d’ange.
Et puis y’avait ce petit vieux, ce vieil amoureux, qui veillait sur sa Germaine comme si elle était un bout de lui. Supportant sa rancoeur et ses plaintes contre la Simone. Lui tenant la main, pour pas la laisser seule.

2 réflexions sur “La vie l’amor les vieux

  1. lui dit :

    décidemment. tu caches un bonne dose de sentimentalisme, sous ton armure d’Asocial …

  2. Plancton dit :

    Ui.
    A l’intérieur, y’a même un petit coeur qui bat.
    pam pam.
    pam pam.

    [Vous pouvez lancer les rires du public maintenant]

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